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 [Nouvelles] ♦ Le Domaine Chantepleure,Acte 2 P.1 ♦

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Ladicius
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MessageSujet: [Nouvelles] ♦ Le Domaine Chantepleure,Acte 2 P.1 ♦   Ven 4 Mai - 15:39


• Mystic old's Tales •













Bienvenue sur mon petit topic de nouvelles !



Il reprend en fait celles publiées ici.J'ai pensé que ces petits écrits seraient plus à leur place dans cette catégorie du forum,je publierai donc la suite uniquement sur ce topic.

Tous ces écrits auront pour personnages principaux ceux incarnés par mes dolls,et auront pour but de me permettre du HS complet par rapport à eux,sans photos,histoire de raconter le passé de chacun,récits qui n'auraient pas leur place dans mes photostories.


Bonne lecture ~♫



• Sommaire Général •



A venir !




Dernière édition par Ladicius le Lun 26 Nov - 2:41, édité 1 fois
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Ladicius
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MessageSujet: Re: [Nouvelles] ♦ Le Domaine Chantepleure,Acte 2 P.1 ♦   Ven 4 Mai - 15:42






I - Enfance.




Éveil.









Galaad.








Le cliquetis des aiguilles de la Vieille Margaret,les ronflements de Chaloupe,le craquement joyeux du feu de bois ; difficile de décider ce qu'il préférait.C'était tout autant de bruits familiers et rassurants qu'il aimait entendre.Ils composaient son petit univers,et,du haut de ses sept ans,il lui semblait impossible que le monde existât sans eux.
Assis sur les fourrures qui recouvraient son lit d'enfant,le jeune Galaad attendait patiemment que Margaret se lasse de son ouvrage de tricot,et se décide à l'emmener dans la cour,grouillante de domestiques à cette heure,attelés à la préparation des festivités du soir.Et pour rien au monde,il ne raterait ça ; ce soir,c'était l'anniversaire de Père.Et il y aurait un grand repas,avec tout un tas de bonnes choses qu'on ne lui laissait habituellement pas manger,ainsi que des musiciens,des jongleurs et des montreurs d'ours,et des magiciens,et surtout,tellement,tellement d'invités,qu'on ne ferait pas attention à lui,ce qui lui permettrait de se coucher fort tard.Peut-être même que,pour l'occasion,Mère s'habillerait et quitterait ses appartements.Cela faisait plusieurs jours que Galaad n'avait pas pu l'approcher,et l'idée de la voir réapparaître comme par enchantement ce soir,somptueuse et souriante,comme à toutes les fêtes,le rendait malade d'impatience.
Pour manifester cette dernière,Galaad se tortilla innocemment sur son lit,dans l'unique but de pousser du pied Chaloupe,qui ronflait comme un forcené sur la courtepointe.Dérangé,le molosse aux bajoues tombantes et aux bons yeux bruns se réveilla en sursaut,et jappa de protestation.Margaret sursauta,manqua une maille,et maugréa dans sa barbe.

- Il doit avoir faim,fit Galaad,tout sourire.

- Descends-le donc aux cuisines,alors,marmonna la vieille nourrice en tripotant son ouvrage inachevé.Je te rejoindrai quand j'aurai arrangé mes bêtises.

Le petit ne se le fit pas dire deux fois,sauta du lit,déposa un baiser sur la joue parcheminée de Margaret,et entraîna Chaloupe à sa suite.Le bon gros chien le suivit,tout frétillant,de l'étrange démarche chaloupée qui lui avait valu son nom,suite à une patte cassée et mal guérie,dans sa prime jeunesse.
Trottinant de joie dans les corridor du château,Galaad hésita à faire un crochet par les appartements des parents,histoire de s'enquérir de la santé de Mère,et de s'assurer qu'elle serait bien là ce soir,mais il se ravisa.La camériste de sa mère,une sale pimbêche,le flanquerait dehors à coup sûr,comme les autres fois.
Talonné par Chaloupe,le jeune Comte en devenir pris donc le chemin des cuisines,se laissant guider par le délicieux fumet qui en montait,annonciateur d'un savoureux festin.
Une fois dans la place,il se faufila entre les jambes des différents cuisiniers,aides,et gâte-sauce,se faisant tout petit,le molosse le suivant comme son ombre.Passant près du four de briques rouges,Galaad rafla un petit pain au miel encore chaud,et mordit dedans avec appétit,ravi de sa bonne fortune...Jusqu'à ce qu'une énorme patte le saisisse par le col,et le soulève presque de terre.

- Hélà,jeune maître,j'vous y prend à jouer au voleur ? Tonna la grosse voix bourrue de Mikken,le Chef incontesté des cuisines,un géant avec des bras musculeux,une bonne bedaine,les mêmes yeux bruns que Chaloupe,et presque autant de poils.

- Je vérifiais que les pains étaient cuits comme le préfère Père,couina Galaad,ne sachant pas très bien si Mikken le grondait vraiment,ou s'il jouait à la grosse voix pour lui faire peur exprès.

L'ogre le fixa un instant,puis se fendit d'un large sourire.

- Sept ans,et déjà un fameux roublard,hein ? Fais-y gaffe que vot' père ne vous pogne pas ici.Ce s'rai dommage de l'énerver le jour de sa fête,n'esspa ? Allez hop,Ton excellence,fous-moi l'camp.

Il relâcha le marmot,qui s'en fut en gloussant.Entraînant Chaloupe derrière les cuisines,dans la cour,il le laissa ensuite festoyer parmi les abats et les bouts de viande qui traînaient,indigne d'être présentés au festin,et qui serviraient à nourrir les chiens de Père - et les chats de Mère.
Attentif à la joyeuse pagaille qui régnait dans la cour,Galaad grignota son petit pain,ne perdant pas une miette du spectacle.Il était bien content de l'agitation qui régnait au domaine,ces derniers jours,mais un peu embêté tout de même,ne pouvant pas s'entraîner à l'épée de bois dans cette même cour,où se déroulait une grande partie de l'action.
Remarquant que les deux fils du forgeron,Bran et Morg,s'entraînaient tout de même à frapper un vieux sac de toile bourré de paille avec des épées d'enfant,des épées de bois,dans un recoin de la cour,juste au pied de la tour du château,il s'empressa de courir les rejoindre,désireux de participer.
Si Bran,d'un an son aîné,l'accueillit avec un franc sourire et une accolade,ce ne dut pas le cas de Morg,âgé de deux printemps de plus,qui lui décocha un regard dédaigneux et une grimace peu amène.

- S'pas m'sieur le Comte,ça,tiens ? grogna-t-il en assenant un rude coup au pantin de toile,qui grinça sur son socle de bois mal dégrossi.Sans sa vieille et sans son toutou ?

Galaad fronça les sourcils,mécontent.Morg ne l'avait jamais apprécié,et il ignorait pourquoi.

- Ouh,ouh,r'garde ses yeux tout noirs,Bran.T'crois qu'y essaie de me balancer un sort,comme sa sorcière d'frangine ?

- Qu'est-ce que ça peut te faire,que ma soeur soit une sorcière,tête de cheval ? Gronda Galaad,faisant allusion au regard bovin et aux larges dents équines de son vis-à-vis.

- Les sorcières,on les crame ! Ricana l'autre gosse,ravi de voir qu'il arrivait à énerver le garçonnet.P'têt que ta soeur est fille de comte,mais ça la sauv'ra pas longtemps.M'man dit qu'les sorcières,c'est d'la sale engeance.

- Alors ta mère est une pauvre gourde,comme toi.

- T'avise pas de traiter ma mère,Comte de mes deux !

Tandis que Bran esquissait un pas prudent sur le côté,Galaad sauta à la gorge de son frère,fou furieux,le renversa à terre,et commença à le bourrer de coup de poings en râlant.Morg se tortilla en gueulant,cherchant à se débarrasser du gamin enragé.A ce combat indiscutablement féroce vint se joindre Chaloupe,ravi de jouer avec son jeune maître,et qui manqua d'écraser les deux gamins en leur sautant dessus.
Alerté par le concert de jappements,de glapissements,et par Bran qui se dandinait sur un pied,l'air gêné,le forgeron ne tarda pas à rappliquer au pas de course,afin de séparer les belligérants.Il fila une taloche à son fils,avant de chasser Galaad,menaçant de lui ferrer les deux pieds,s'il le reprenait à se battre comme un chiffonnier avec l'un de ses deux gamins.Vexé,Galaad s'en fut avec Chaloupe,débraillé comme le pire des mendiants,sa crinière écarlate tout ébouriffée,et la moue boudeuse.A peine avait-il fait trois pas qu'il se fit harponner par Margaret,qui rouspéta tant et si bien,de le retrouver dans un tel état,que les domestiques autours d'eux gloussèrent,encourageant la mauvaise humeur soudaine de Galaad.

- Il a insulté ma soeur ! Protesta le garçonnet,tandis que Margaret le traînait plus qu'elle ne l'emmenait aux bains,Chaloupe sautillant autour d'eux.

- Peu importe,ce qu'il t'a dit,ronchonna la vieille.Un futur Comte ne se roule pas dans la boue avec le premier fieffé coquin venu.Attends d'être plus grand,tu pourra défier ceux qui t'insultent à l'épée.

- Mais il a insulté ma soeur ! Piailla derechef le gamin,outré.Il fallait bien que je lui colle mon poing sur le nez !

- On ne répond pas à la bêtise par la violence,trancha Margaret d'un ton sans réplique.

Boudeur,Galaad se laissa traîner jusque dans la salle des bains,soupirant déjà d'ennui,impatient de se retrouver à nouveau dehors.Autant il adorait les préparatifs qui se déroulaient en bas,et l'excitation,la bonne humeur communes qui s'en dégageaient,autant il détestait,lui,être préparé pour de telles occasions,comme,à peu près,tous les garçons de son âge.Seule sa soeur aimait se faire toiletter et peigner de longues minutes durant,alors que,pour Galaad,cela relevait du supplice.
Laissant Margaret lui décrasser le museau,et démêler ses cheveux,Galaad s'observa dans le grand miroir,s'amusant à se faire des grimaces effrayantes,et pouffant de rire par la suite,Chaloupe attendant à la porte.
Les miroirs,ça aussi,Melliandra aimait bien.Galaad n'en voyait pas bien l'intérêt.Tout ce qui croisait son regard,là-dedans,c'était un gamin fluet,aux yeux verts perçants,souvent dissimulés par des mèches de sa chevelure écarlate et épaisse,mi-longue,"une véritable crinière de lion",comme disait Mère.Il tordit ses lèvres finement ciselées dans une affreuse mimique,tirant la langue à son reflet pâlot.
Râlant après sa bougeotte,Margaret le tortura encore un peu ; le bec,les ongles,les oreilles,tout y passa,avant de lui faire enfin enfiler ses habits de cérémonie - élégant pourpoint noir,brodé de fils d'argent,avec chausses assorties,et bottes en cuir de daim,dernier cadeau de Père.Ainsi paré,Galaad se laissa emmener dans la Grande Salle,sa petite main dans celle de sa nourrice,trépignant d'impatience,une main sur le collier de Chaloupe,qui lui arrivait à hauteur du coude.
Si,de Père et Mère,il n'y avait encore aucune trace,Melliandra,en revanche,était bien là,assise sur les marches de pierre menant à l'estrade,où siégeait la table seigneuriale,indifférente au brouhaha ambiant,et à l'agitation autour d'elle.
Échappant à Margaret,et esquivant les domestiques affairés,Galaad couru la rejoindre,tout sourire.De cinq ans son aînée,sa soeur était occupée à rhabiller méticuleusement une poupée,dont le visage,noirci à la suie,offrait un triste spectacle.

- Pourquoi tu lui as fait ça ? s'étonna Galaad.

- Elle était plus belle que maman,répondit Melliandra d'un air suffisant.Et ce n'était pas tolérable.J'ai fait des expériences avec.

Melliandra coula vers son cadet un regard narquois.Elle adorait lui en mettre plein la vue,en parlant de ses pouvoirs tout juste révélés.Jaloux,mais surtout admiratif,Galaad buvait toujours ses paroles,attendant,plein d'espoir,le jour où,peut-être,le découvrirait-on un peu sorcier lui aussi,grâce à l'héritage de Mère,et de sa mère avant elle,et ainsi de suite...





A suivre....





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MessageSujet: Re: [Nouvelles] ♦ Le Domaine Chantepleure,Acte 2 P.1 ♦   Ven 4 Mai - 15:42










Le Domaine Chantepleure







Partie I "Enfance" - Éveil




Seconde partie.




Melliandra









" Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours porté une attention toute particulière à mon jeune frère.
Et, au départ, pas par bonté d’âme, ni à cause d’un instinct d’aînesse exacerbé ; non, juste par simple intérêt.
De sa naissance, jusqu’à l’âge de ses sept ans environ, j’ai vu Galaad comme un jeune chiot. Passablement doué d’intellect, loyal, attendrissant, dépendant de moi et de mes attentions, accourant auprès de moi chaque fois que je le sifflais. C’était un passe-temps des plus agréables. J’avais sous la main une petite chose qui n’aspirait qu’à me plaire, et qui levait sur moi des yeux embués d’admiration. Moi qui me lassai très vite des poupées de chiffons, que l’on donnait alors aux fillettes de mon âge, je trouvai là un fantastique moyen de substitution. Que ne lui en ai-je fait porter, des robes, à mon frère, et combien de fois a-t-il servi de cobaye à mes expériences de petite fille jouant à la sorcière. Sans jamais se plaindre, en plus.
Il a fallu attendre, donc, ses sept ans, pour que Monsieur commence à se détacher de moi, allant trouver d’autres personnes à admirer, et surtout, enquiquiner. Galaad a toujours été d’un naturel remuant, avant qu’il n’assimile enfin les bonnes manières, que requérait l’étiquette. A présent, il sait même camoufler ses véritables sentiments et intentions derrière un masque impassible, mais cela est une autre histoire.
Tout cela pour dire que, ayant vu mon frère comme un genre d’animal de compagnie dans ma prime jeunesse, j’ai mis un peu de temps avant de m’intéresser vraiment à lui, et de l’aimer comme il se devait.
Peut-être que cela découlait d’une jalousie enfantine, au fond. Combien d’aînés se pensent délaissés, quand arrive le cadet ?
Oh, cette petite chose rose et vagissante qu’était mon frère à son arrivée au monde, je m’en souviens parfaitement. Il m’avait, de prime, semblé si laid, que j’eus peur que la sage-femme ne se soit trompée d’enfant. Quand il apparut que c’était bel et bien mon frère, je passais de longues heures à l’observer, qu’il dorme, mange, ou pleure, uniquement muée par un intérêt quasi-scientifique, qui a toujours été l’une de mes caractéristiques premières.
Observer mon frère ; quelque chose que j’ai souvent fait, dans ma vie. Parce que je pensais, et souvent à raison, qu’il aurait besoin de moi. Cela était surtout valable quand, lui et moi, nous étions jeunes, même pas âgés de vingt ans. Maintenant, je l’observe toujours, mais de loin, veillant toujours.
Enfin, veiller… Cela aussi, c’était surtout vrai… Avant."



Le festin d’anniversaire de Père battait son plein. Les domestiques se bousculaient dans la Grande Salle, apportant des plats brûlants, répondant au moindre désir des convives. Quelques-uns des chiens favoris de Père, essentiellement des Dogues, trottinaient autour des tables dressées en un U gigantesque, langue pendante, plein d’espoir, lorgnant le moindre petit bout de nourriture qui serait tombé, ou que l’on pourrait peut-être leur jeter. Dans un coin, sur la jonchée de paille toute fraîche, Chaloupe ronflait, observant à la lettre le proverbe « tout vient à point à qui sait attendre. »
Assise entre sa suivante, et le grand-oncle Augustin, Melliandra piquait distraitement de sa fourchette les mets qu’on avait disposés dans son assiette, bien plus passionnée par le spectacle qu’offraient les convives, plus intéressant encore que celui dispensé par les jongleurs qui se trémoussaient devant les tables. La jeune fille avait toujours apprécié les réunions de famille, certes pour l’atmosphère chaleureuse qui s’en dégageait, mais surtout, pour les invariables anecdotes et crises de rire qui s’en dégageraient. Elle se souviendrait toujours, elle en était persuadée, de la fois ou Tante Eugénie, qui avait un peu, beaucoup, trop forcé sur le vin, avait finalement proposé une danse à l’un des ours amenés pour distraire, persuadé qu’il s’agissait de son époux (à sa décharge,ce dernier était effectivement doté d'une forte pilosité.) Et la fois où Oncle Abelfort avait vu son œil de verre sauter dans la soupière qui passait, portée par un marmiton, à cause d’un vigoureux coup de coude accidentel d’un jongleur. L’œil avait échu dans l’assiette de la cousine Adélaïde, qui avait alors poussé un cri de terreur si perçant, que Chaloupe avait hurlé à la mort.
Ce fut la désagréable petite voix criarde de cette dernière qui ramena Melliandra à la réalité. Adélaïde, assise à côté de grand-oncle Augustin, bavassait, intarissable, au sujet de son futur voyage de noces, avec sa sœur.

- Vois-tu, nous devions aller à Venise.. Je voulais aller à Venise… Mais les frères de mon fiancé ne peuvent nous recevoir. C’est curieux, lui ai-je dit, et je suis sûre qu’ils refusent car ils ne m’apprécient pas… Moi qui rêvait de la Lagune…
- C’est certain, qu’avec un phénomène pareil, le futur marié ne va pas se gondoler tous les jours, gloussa Augustin à l’oreille de Melliandra, qui pouffa discrètement.

Reportant son intention sur les convives, la jeune fille repéra son petit frère qui, ayant manifestement réussi à s’échapper de son siège, rôdait autour de la table avec les chiens, essayant non pas de grappiller un os, mais un verre de vin sans surveillance, comme à chaque banquet. Melliandra hésita entre l’interpeller, lui indiquer d’un signe le gobelet plein qui traînait à deux doigts de là, jugeant qu’un petit frère éméché, cela pouvait être drôle, ou envoyer quelqu’un l’intercepter. Ce choix difficile lui fut épargné par l’arrivée soudaine de la vieille Margaret, qui rafla le gamin et le ramena à sa place, à l’autre bout, près de Père. Se tordant le cou pour mieux voir, Melliandra s’amusa de voir Galaad, rouge de colère, envoyer la moitié du contenu de son assiette à Chaloupe en signe de protestation véhémente contre sa tentative d’alcoolisme infantile. Père lui donna une claque sèche sur la tête, et Galaad se tint soudainement coi, osant à peine remuer un orteil.
Riant sous cape, Melliandra lui adressa un petit sourire contrit, qui eut tôt fait de ragaillardir son cadet. Le gamin, appétit retrouvé, plongea ses petits doigts dans une tourte au pigeonneau qui passait devant lui, mais un regard noir de Père lui fit miraculeusement retrouver l’usage de ses couverts.
Le regard de Melliandra glissa alors sur Mère, assise aux côtés de Père. Bien qu’elle ne mangeât pas beaucoup, elle était tout de même là, comme si de rien n’était. Mère aurait été rayonnante, si sa beauté n’avait pas parût aussi maladive. Tristement, Melliandra le regarda chipoter dans son assiette, avec un habile savoir-faire, afin que sa suivante ne s’inquiète de rien.
Ce qui apeurait surtout Melliandra, c’était que Mère était un peu sorcière, elle aussi. Or, elle ne se servait pas de ses talents pour aller mieux. Son cas était-il trop désespéré ?


" Curieusement, j'ai peu de souvenir de Mère. Pourtant, j'avais treize ans, quand elle est morte. Peut-être que les effort faits, jour après jour, pour refouler mon chagrin, ont-ils trop bien porté leurs fruits.
Et puis,Galaad m'occupait tellement. Quand Mère est morte, il a été plongé comme dans un permanent état de choc, qui dura six mois. Il se serait probablement laissé mourir d'inanition, si Margaret et moi, nous n'avions pas veillé au grain. J'ai essayé de devenir sa seconde mère, durant cette période, j'ai vraiment essayé, mais sans y parvenir. L'instinct maternel, chez moi, est bien trop enfoui. Il ne ressort qu'en des occasions de colère et de danger. Galaad dit souvent que je suis comme une louve. Je veille dans l'ombre sur ma portée, ou, plus précisément dans mon cas, sur mon fils, le laissant s'ébattre en toute quiétude, mais montrant les crocs dès qu'un danger menace, prête à lutter jusqu'à la mort.
Toujours est-t-il que, ironie du sort, il a fallu que Mère décède pour que mon petit frère devienne vraiment, à mes yeux, mon frère, le sang de mon sang. Moi qui ne voyait, auparavant, qu'un gamin comme un autre, je découvris peu à peu mon frère, je le découvris vraiment, dans la sombre période qui suivit.
Galaad. Un enfant curieux, très éveillé, plutôt sage et attentionné. Il disait mépriser les filles, en ce temps-là, préférant jouer seul dans son coin avec ses chevaux de bois, plutôt que d'en approcher une, mais il avait toujours un sourire, une petite attention pour Margaret, ou moi. Aujourd'hui, quand j'y repense, j'ai de la peine de voir cet enfant être devenu l'homme qu'il est maintenant, un aristocrate blasé, qui, par peur d'être heurté, déçu, cherche désespérément à refouler, loin derrière, sa trop bonne éducation et ses principes chevaleresques, ainsi que la formidable humanité dont il est capable. C'est la seule chose, je crois, que j'aie jamais jalousée chez mon frère ; son empathie pour autrui, sa capacité à lire en les autres comme dans un livre ouvert, sans jamais y chercher un profit personnel. Comparée à lui, je suis un bloc de glace. J'excelle dans l'art de la dissimulation, de la manipulation et de la séduction, tandis que lui s'avance toujours sans armure.
Oh, bien sûr, je sais que la plupart du temps, je lui porte sur le système. Je suis la preuve vivante, après tout, que son enfance, et une partie de son adolescence, au Domaine, est plus qu'un lointain souvenir. Et comme il déteste les contraintes, et que je suis une des seule personnes qui arrivent à lui en imposer...



A suivre...








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MessageSujet: Re: [Nouvelles] ♦ Le Domaine Chantepleure,Acte 2 P.1 ♦   Ven 4 Mai - 18:36

Vraiment super, tu as une écriture très agréable à lire !
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Ladicius
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MessageSujet: Re: [Nouvelles] ♦ Le Domaine Chantepleure,Acte 2 P.1 ♦   Lun 26 Nov - 2:40





Ouloulouh,ça c'est du dépoussiérage o/
Mais je vis toujours de ce côté-là,je n'ai pas laissé tomber l'affaire,bien au contraire...

Surtout que,maintenant que les enfants sont grands,ça va donner n_n




Le Domaine Chantepleure







Partie II "Jeunes Années"




Première partie.























"- Vous pensez que je vais être vue ?

- Mais non, ma chère. Il vous suffira de passer par la fenêtre.

- Je vous demande pardon ?!

Laissant la jeune duchesse scandalisée dans les draps, Galaad sauta du lit à baldaquin, et enfila la première robe de chambre qui traînait, avant de se couler vers la porte, avec un clin d’œil pour sa conquête.

- Ne vous énervez pas, vous devenez rouge et cela ne sied pas à votre teint. Restez là, je vais voir si la voie est libre…

Claquant la porte sur les vociférations de la jeune fille, le jeune homme s’autorisa un sourire satisfait dans le corridor – elle avait été difficile à convaincre, celle-là – puis fit quelques pas, ses pieds nus silencieux sur l’épais tapis vermeil, essayant de voir s’il pouvait se débarrasser de ladite conquête par la porte… Ou s’il faudrait, effectivement, la passer par la fenêtre.
A priori, tout avait l’air désert… Jusqu’à ce qu’un « WOUAF » tonitruant ébranle les murs. De sa démarche caractéristique qui lui avait valu son nom, le vieux Chaloupe venait faire la fête à son jeune maître, qu’il attendait visiblement depuis des heures. Galaad aurait pu s’en tirer à bon compte, avec une tape affectueuse sur la tête du molosse, si Halfred, le vieux majordome, n’était pas subitement apparu, lui aussi, raide comme la justice – et presque tout aussi impartial.

- Puis-je rappeler à Monsieur qu’il est attendu pour les festivités dans moins d’une heure… Fit sentencieusement le majordome, tout en s’éloignant prudemment de Chaloupe, qui avait une légère tendance à baver un peu trop, ces temps-ci.

- Monsieur est tout à fait conscient de l’heure, Halfred. Et Monsieur descendra… Hem… Quand Monsieur se sera rafraîchi.

- Et surtout rhabillé… Glissa Halfred, en foudroyant du regard le jeune Compte par-dessus ses lunettes en écaille de tortue.

- On ne peut rien vous cacher, Halfred.

Avec un sourire en coin, Galaad regagna ses appartements. La fenêtre, la Duchesse n’allait que moyennement apprécier…
Il la trouva en train de se rhabiller sommairement, tout en grommelant des imprécations à son égard. Galaad ne peut cependant qu’admirer la rapidité avec laquelle elle redevenait présentable : ne serait-ce ses joues roses et ses cheveux lâches un brin ébouriffés, jamais on ne la soupçonnerait de tout juste sortir de quelques heures de batifolage.

- Ma chère, mauvaise nouvelle ; mon chien monte la garde dans le couloir, et mon majordome le surveille, ou inversement. Il va vous falloir emprunter la voie des amants surpris.

Regard noir. Oh qu’elle était belle, en colère.

- Vous avez raison. La fenêtre, donc, reprit Galaad, imperturbable.

La Duchesse ravala sa morgue, et coula un petit regard inquiet vers la grande porte-fenêtre.

- Mais je vais me rompre le cou !

- Ne dites pas de sottises. Jamais je ne laisserai votre joli cou se rompre en arrivant en bas. J’ai de l’exp… Je sais comment vous faire descendre sans risque.

Sans perdre de temps, Galaad arracha les draps du lit – de la si jolie soie, dommage – et confectionna une corde de fortune en moins de deux, en les attachant bout à bout. Quand ce fut fait, il sortit sur le balcon, et noua solidement l’une des extrémités à la rambarde de pierre, avant de jeter un coup d’œil en bas ; cette portion-là du jardin était déserte, parfait. Galaad lança la corde improvisée de l’autre côté de la rambarde, et fit signe à la jeune fille ;

- Votre carrosse est avancé…

De nouveau furieuse, la Duchesse releva ses robes et s’avança à pas furibonds vers le balcon, les yeux lançant des éclairs.

- Soyez sûr que je ne remettrai pas les pieds dans votre chambre !

- Vous avez déjà dit ça la semaine dernière…

En riant, Galaad esquiva la gifle, et prit doucement sa conquête par la taille, pour l’amener vers la rambarde, redevenant sérieux.

- N’ayez pas peur, vous n’allez pas tomber. J’y veillerai.

Le jeune Comte aida la Duchesse à s’accrocher à la corde de fortune, et l’encouragea à mi-voix durant la descente. Elle était sportive, pas de doute…

- Vous y êtes presque, ma chère. Il va vous falloir sauter, les draps sont trop courts.

- Espèce de…

- Attendez.

Galaad abandonna le balcon le temps de réintégrer ses appartements, puis d’en revenir, brandissant une pièce de tissu qu’il lui lança, la Duchesse l’attrapant au vol.

- Vous pouvez toujours y accrocher votre… Dessous, ça vous fera quelques centimètres en plus.

Pouffant de rire sous les imprécations rageuses de la jeune fille, Galaad s’assura tout de même qu’elle parvienne enfin à poser ses pieds sur la terre ferme, et à disparaître dans le jardin en direction des festivités, avant de détacher la corde et de regagner sa chambre, abandonnant négligemment les draps noués sur le lit.

- Investir dans une vraie corde me semble de mise…

Peu pressé, Galaad s’étira tranquillement, avant de se diriger vers son cabinet de toilette. Si les festivités ne seraient sans doute pas très excitantes en elles-mêmes, heureusement, il y aurait d’autres… Distractions.




Lorsque Galaad se présenta enfin, en bonne et due forme, il avait gommé toute trace de batifolage, et semblait aussi sérieux que peut l’être un jeune aristocrate faisant son entrée, lors de la fête d’anniversaire donnée en l’honneur de sa sœur aînée. Comme d’habitude. Sa crinière écarlate impeccablement nouée en un élégant catogan, et vêtu d’une manière stricte mais élégante, il se savait irréprochable. Un double jeu qu’il pratiquait depuis plusieurs années, à vrai dire…

A peine en contact avec la foule des invités, Galaad réfréna une grimace, et se livra sans broncher au jeu des courbettes, des sourires et des salutations de rigueur, voyant défiler autour de lui des visages parfois même inconnus, qui venaient le saluer, le flatter, ou échanger des platitudes polies ô combien ennuyeuses. Ce fut avec un soulagement non dissimulé qu’il atteignit le petit groupe d’invités plus intimes, qui entouraient déjà son père, et sa sœur, Melliandra. Resplendissante dans une robe carmin qui, la connaissant, avait dû coûter les yeux de la tête, cette dernière semblait d’une humeur absolument divine. Normal ; être le centre d’attention, encore plus que d’habitude en tout cas, et avoir une journée où le moindre de ses caprices serait exaucé, raviraient n’importe qui…
Amusé, Galaad alla la saluer de manière la plus protocolaire qui soit, poussant la plaisanterie à lui faire un baisemain.

- Ma charmante sœur. Tu es absolument radieuse, pour le jour de tes vingt ans.

- Et toi, étrangement flatteur. Parce que j’ai justement vingt ans ?

Avec un sourire en coin, Galaad entraîna sa sœur un peu à l’écart, vers le buffet.

- C’est ma manière à moi de te remercier… D’avoir, semble-t-il, invité tout le couvent voisin à participer à la fête. Je suis ébloui. Je n’ai jamais vu autant de jeunes filles à la fois, pour un peu, j’ai cru que nous célébrions mon anniversaire.

Perdant un peu de sa bonne humeur, sa sœur lui donna une tape sèche sur le bras.

- Galaad, je te défends de toucher à une seule de ces filles. Elles sont invitées car je connais plusieurs d’entre elles, et que le couvent m’a… Hem… Rendu service quand je me suis égarée dans les marécages, le mois dernier. Je te préviens, s’il y en a une seule qui repart tout en n’étant plus vierge…

- Oh, calme-toi, je plaisantais. Je peux parfaitement admirer des fleurs sans obligatoirement… Fourrer mon nez dans la corolle pour en apprécier le parfum. En plus, les futures nonnes, et les jeunes filles sages de bonne famille, ne m’ont jamais beaucoup plu.

Melliandra leva les yeux au ciel.

- J’ai vu ta petite Duchesse préférée un brin décoiffée, et passablement en rogne, dans la Roseraie, tout à l’heure. Tu y es pour quelque chose, je présume ?

- Oui. Mais rien de bien méchant ; je l’ai juste vue pour une petite séance d’escalade, tout à l’heure.

- Idiot !

Riant, Galaad attira sa sœur contre lui. Il avait toujours aimé la faire à peine enrager.

- Ne t’en fais pas, soeurette. Tu sais que je ne touche qu’aux filles qui aiment prendre des risques, et pas aux enfants de chœur couvées par leur papa. Ce n’est pas moi qui déclencherai un scandale.

Avec un reniflement dédaigneux, Melliandra se servit une coupe de champagne, et répliqua :

- Je me fiche des scandales. Toute la société en est toujours secouée, de toute façon. J’aimerai simplement que tu évites de te disputer encore et toujours avec Père. Il est persuadé que tu finiras par mettre une petite bourgeoise enceinte, et que tu devras faire un mariage de moindre importance.

Galaad haussa les épaules, et se servi, quant à lui, une coupe de vin d’une taille honorable.

- Père est un vieux paranoïaque. Comme si j’étais assez sot pour me faire avoir aussi facilement. Quand on finit… Dans le foin avec une conquête, on prend ses précautions. Je crois qu’il a été traumatisé par le grand-oncle Oscar.

- Le grand-oncle Oscar a une douzaine de bâtards à son actif… Il y a de quoi !

- C’est un vieil abruti qui ne s’est jamais soucié des conséquences. Moi, si.

Piquant une olive sur un présentoir, Galaad se retourna pour embrasser la foule des invités du regard, détaillant d’un œil appréciateur quelques jeunes beautés qui passaient, dont plus d’une lui retournèrent un sourire, et une œillade.

- Oh mais, qui vois-je… N’est-ce pas ta très chère amie, hmm ?

Melliandra se retourna, et son frère vit ses doigts fins se crisper imperceptiblement sur le pied de sa coupe en cristal.

- Oh, la petite garce. Qu’est-ce qu’elle fiche ici ?! Je n’invite pas de dinde à MON anniversaire !

- Myrcalla de HautJardin… Au vu de sa réputation, c’est moins une garce qu’une salo…

- Galaad !

- Eh bien quoi ? C’est la vérité. Son père est une crème, un homme pieu que le nôtre apprécie beaucoup, mais sa fille… En voilà une qui n’est pas prude du tout.

- Je ne l’avais pas invitée !

- Calme-toi. Si son père est venu, elle aussi, c’est dans la logique des choses. Peut-être pourrais-tu… Lui jouer un petit tour à ta façon, hmm ?

L’espace d’un instant, un inquiétant sourire carnassier passa sur le beau visage de Melliandra, avant qu’il ne retrouve son masque de courtoisie impassible.

- Je la verrai bien finir dans l’auge des porcs. Avec sa robe à la Pompadour, ce serait d’un goût exquis…

- … Je préfèrerai la voir finir chez moi, si tu veux mon avis…

- Pardon ?!

- Eh. C’est une dinde, mais une jolie. Très jolie. Et avec du caractère, en plus.

Sa sœur leva les yeux au ciel.

- Les hommes sont irrécupérables.

- Et les femmes se compliquent trop la vie avec des détails facultatifs. Je te rends à ton public, je vais faire mon marché.

- Je te préviens…

- On ne touche pas aux fleurs des jeunes filles. Certes. J’attendrais le printemps.

Laissant sur place sa sœur, dont les prunelles crépitaient, ce qui n’annonçait rien de bon, Galaad se coula, son verre à la main, du côté où les danses avaient lieu, s’amusant un instant de voir leurs hôtes danser le quadrille – il avait toujours eu une sainte horreur de cette danse protocolaire et ô combien répétitive.
Trempant ses lèvres dans sa coupe, le jeune homme, avec un regard en coin, surprit avec satisfaction des œillades dérobées de la Garce de HautJardin, à quelques pas sur sa gauche. Le tout était maintenant de savoir s’il énervait sa sœur le jour de son anniversaire, ou s’il attendait une prochaine occasion. Cruel dilemme…
Pesant le pour et le contre, Galaad rebroussa chemin, décidant qu’il ne jetterait son dévolu sur la pire ennemie de sa sœur que s’il ne trouvait pas de met plus à sa convenance, ce soir. Cela lui laissait bien quelques heures devant lui.




Lorsque la nuit tomba, de grandes torches furent plantées dans le sol, quadrillant le jardin décoré et fleurit, et le perron du manoir fut soudain éclaboussé de lumière, permettant aux convives d’aller et venir sans risquer de commettre quelque maladresse à cause de l’obscurité. Cela ne fut pas très au goût de Galaad, qui s’extirpa tant bien que mal des bosquets jalonnant ledit perron, la chemise entrouverte, et les cheveux de nouveaux lâches sur les épaules, atterrissant en pleine lumière. Rasant les murs, il se hâta de regagner ses appartements pour un nouveau brin de toilette, sachant pertinemment que son père ne tolérerait pas la moindre incartade, comme d’habitude… Le vieux était certes facile à rouler avec un minimum d’astuce, mais mieux valait s’abstenir de lui exhiber des signes trop évidents juste sous le nez.
Espérant que la charmante jeune fille du couvent avait pu s’en aller de son côté sans se faire remarquer – non non, il n’était pas coupable, il avait scrupuleusement respecté les désirs de sa sœur, puisque la fille faisait toujours une « sainte » acceptable – Galaad, aussi leste et silencieux qu’un félin, atteignit le premier étage sans encombre. Du moins, jusqu’à ce qu’il tombe sur sa sœur, qui l’attrapa sans ménagement par le col, et l’entraîna dans sa chambre.

- Où est-ce que tu étais ? Deux heures que je te cherche ! Je parie que tu n’étais pas en train d’utiliser ta tête et ta bouche pour avoir une discussion civilisée avec quelques-uns de nos invités, hein ?!

- Je me servais effectivement de ma bouche, mais pas pour discuter, j’en ai peur. Calme-toi, personne n’a rien vu. Même s’il m’arrive de fréquemment disparaître dans les bosquets, j’ai un comportement exemplaire. J’ai supporté la Tea Party avec la vieille Marquise Agnalain, rends-toi compte, et j’ai même laissé son caniche nain mal léché dormir sur mes genoux. Et je sors d’une discussion assommante avec le Compte Richard, qui est persuadé parvenir à me fourguer sa fille d’ici l’été prochain.

- Celle avec un nez de cochon ?

- Celle avec un nez de cochon. Encore que c’est un menu détail ; l’embêtant, c’est qu’elle partage, semble-t-il, d’autres points communs avec l’animal…

Melliandra relâcha son frère, et s’installa devant sa coiffeuse, commençant à brosser sa longue chevelure d’ébène avec de petits gestes colériques.

- Je sais pertinemment que tu sais donner le change, Galaad, et c’est tant mieux pour toi. Mais tu aurais quand même pu faire un effort le jour de mon anniversaire. Il me semble t’avoir demandé d’être présent, la semaine dernière, pour les danses. J’aurai mille fois préféré valser avec mon frère plutôt qu’avec ce… Rat puant de Killian.

- La danse m’ennuie, soeurette, et je ne pense pas que tu aurais aimé un cavalier faisant grise mine tant il baille aux corneilles. Enfin, si tu y tiens vraiment…

- C’est trop tard, maintenant. Vu l’heure avancée… Les aînés vont se retirer dans la Roseraie.

Regardant le reflet de sa sœur dans la psychée, Galaad la vit sourire de manière diabolique, et ne put s’empêcher de lui rendre le même genre de sourire.

- Ce qui signifie que la nuit est désormais à nous, ronronna-t-il, tout en prenant la brosse ouvragée des mains de sa sœur pour lui brosser lui-même les cheveux, doucement. Quand les chats ne sont pas là, les souris dansent…

- Exactement, répondit Melliandra, qui s’attela à la tâche de retoucher son maquillage avec la rapidité et l’aisance de l’habitude. Voilà pourquoi je te demandais de te tenir tranquille tant que le soleil était haut, tu sais très bien que nous sommes… Plus libres de nos mouvements quand les festivités se prolongent la nuit. Les vieux discutent et boivent le thé, et nous…

- Nous avons l’obscurité et le vin de notre côté.

- C’est un bon résumé. Et comme l’ensemble du couvent s’apprête à repartir, je n’aurai plus besoin de te surveiller.

- Voyons. Je sais me tenir.

- C’est cela. Maintenant, dépêche-toi de redescendre en bas, les autres nous attendent pour prendre la route.

- La route ?

- Tu ne penses quand même pas que nous allons donner libre court à notre inventivité à deux pas de la Roseraie. J’ai persuadé Père que nous pourrions aller finir la soirée sur la plage, près de…

Galaad abandonna la chevelure miroitante de sa sœur, et se pencha vers elle, devenu de glace :

- Melliandra, il n’est pas question que nous finissions au Domaine des ChanteMerle. Je te rappelle que, l’an passé, j’ai occupé ma soirée à surveiller le fils aîné, qui avait l’air d’attendre la première occasion pour te sauter dessus. Cette famille, c’est une famille de cons, même s’ils ont la meilleure cave à vin de la région, je dois bien l’avouer.

Sa sœur haussa les épaules, absolument pas touchée par sa tirade.

- C’est MON anniversaire, Galaad, et je choisis donc où se déroule la soirée. Je veux aller sur la plage, donc, nous irons sur la plage. Et ne t’occupe donc pas du fils aîné, j’en fais mon affaire s’il est trop aventureux. Tu ferais mieux de t’occuper du cadet, car lui, ne s’occupe absolument pas de moi… répliqua Melliandra avec un sourire en coin.

Galaad fit un petit geste agacé de la main. La manière dont sa sœur ne manquait pas, régulièrement, de lui rappeler qu’elle était l’aînée, l’énervait au plus haut point.

- Je me fous comme d’une guigne du cadet des ChanteMerle, je ne me rappelle même pas sa tête. Tout ce que je vois, c’est que, au lieu de passer une bonne soirée modérément décadente, je vais passer une soirée complètement décadente, où je vais plus craindre pour ma tranquillité et ta sécurité que je ne vais m’amuser.

Ayant terminé sa remise en beauté, Melliandra se releva, rejeta avec grâce son rideau d’ébène par-dessus son épaule, et se dirigea vers son armoire, hautaine.

- Galaad, le sujet est clos. Soit tu restes ici avec le thé et les caniches nains, soit tu viens avec nous et tu t’amuses comme tu as l’habitude de faire. Je me change. Et tu ferais mieux d’en faire autant.

Galaad poussa un profond soupir, et s’en fut dans ses appartements en claquant la porte. Bien sûr, qu’il viendrait, il n’allait pas laisser sa sœur y aller seule, quoiqu’elle dise, et il était hors de question qu’il meure d’ennui avec les aînés. Et sa garce de sœur le savait pertinemment, c’est bien pour ça qu’elle avait organisé la suite de la soirée sans même lui demander son avis.
Ronchonnant, le jeune homme abandonna ses stricts vêtements pour revêtir quelque chose de plus festif – enfin, de son point de vue à lui – et redescendit en quatrième vitesse, crinière écarlate lâchée sur les épaules, et glaive à la ceinture de son pantalon de cuir – tant qu’à faire…
Assurant trois fois de suite à son père que, oui, il veillerait sur sa sœur – comme si Melliandra avait jamais eu besoin qu’on veille sur elle, de toute façon – tant le vieux l’étouffait avec sa morale, qu’il lui ressortait à la moindre occasion, Galaad put finalement sauter en selle et suivre le cortège vers la plage. Faisant remonter au petit trot son cheval le long de la colonne, le jeune comte s’amusa à lorgner dans les carrosses, afin de se renseigner qui, de la jeunesse dorée des environs, était de la partie. Ce fut avec une grande satisfaction qu’il nota la présence de sa petite Duchesse, qui ne manqua pas de lui faire des yeux de velours, et de la garce de HautJardin, qui avait adopté une tenue superbement provocante depuis la dernière fois qu’il l’avait vue. Bien, bien…





Finalement, la soirée était bel et bien pénible. Entre ceux qui s’avéraient coincés, et ceux qui semblaient avoir juré de faire pire qu’une orgie romaine, ce soir, Galaad se retrouvait relativement dans son coin, à soupirer. Les filles les plus intéressantes avaient disparu avec d’autres cavaliers, étaient ivres, ou bien s’adonnaient à des jeux stupides au possible – une partie de colin-maillard sur la plage, je vous demande un peu…
C’est sans doute pourquoi Galaad s’était retrouvé au petit salon, accoudé au bard, surveillant sa sœur d’un œil, qui était en train de plumer méticuleusement ses adversaires au poker, avec un savoir-faire qui forçait l’admiration, tandis que lui, buvait. Ce n’est pas qu’il était un adepte particulièrement fervent de la boisson, mais, ainsi qu’il l’avait reconnu devant sa sœur un peu plus tôt, les ChanteMerle possédaient une cave à vin absolument fabuleuse. Et vu qu’il ne mettait les pieds dans ce domaine qu’une fois tous les ans environs, il n’allait pas se gêner…
Mais ce soir, étrangement, peut-être à cause de l’ennui, Galaad arrêta un peu trop tôt de compter ses verres, et se retrouva bientôt euphorique, et d’humeur plus mutine qu’il ne l’avait jamais été ; l’alcool, chez lui, avait toujours eu la fâcheuse manie de réveiller le fauve qui dort… A grands coups de pieds.
Aussi, il ne s’étonna pas de rejoindre, finalement, la partie de colin-maillard, à la différence près que quelques vêtements commençaient à joncher le sable, ce qui promettait un dénouement intéressant. La HautJardin y jouait aussi, et ce fut elle qui eut bientôt les yeux bandés ; aussi Galaad ne se montra-t-il pas bien farouche, et il se fit capturer sans trop de suspens. Ôtant son bandeau, et le laissant choir sur le sable, manifestant par là son désintérêt le plus total au jeu, maintenant qu’elle avait attrapé une proie ma foi intéressante, Myrcalla entraîna sa victime on ne peut plus consentante un peu plus loin sur la grève, les menant vers la petite crique qui avait l’avantage de présenter des dizaines d’anfractuosités rocheuses… Où un couple pouvait parfaitement se dissimuler.
Finissant d’assommer pour quelques heures encore sa voix intérieure devenue bien faible – la conscience, paraît-il - à grandes lampées d’une bouteille de rouge qu’ils avaient pris soin de dérober en partant, Galaad eut ensuite tout le loisir de mettre ses talents de « jardinier » à contribution, se faisant un plaisir d’effeuiller peu à peu Myrcalla et ses vêtements provocants, qui ne se montra pas bien farouche. Elle avait de la voix, par contre, et il se fit un plaisir de l’encourager à la laisser s’élever, libérant toute sa fougue. Sur le moment, c’était parfait.

Par contre, quand l’aube survint, trouvant les deux amants improvisés nus et entrelacés sur le sable chaud, et que Galaad se réveilla tant bien que mal, il sut que, sur le moment justement, il avait fait une belle connerie… Et qu’il faudrait éviter que sa sœur ne l’apprenne, bien sûr."




A suivre...


Pssst,ça ne vous rappelle rien ? Myrcalla est la mère d'Effy....

Et j'avoue,son nom est un gros clin d'oeil à GoT.







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MessageSujet: Re: [Nouvelles] ♦ Le Domaine Chantepleure,Acte 2 P.1 ♦   Lun 26 Nov - 12:58

Hooo super la suite!\0/
J'avais lu les récits d'avant mais pas commenter ^^'
J'adore, c'est facile à lire et je m'imagine bien les scènes décrite!!
J'ai hâte de lire la suite Smile
Haaa Galaad *soupirs* <3 <3
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Lady Ann
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MessageSujet: Re: [Nouvelles] ♦ Le Domaine Chantepleure,Acte 2 P.1 ♦   Mar 27 Nov - 4:33

j'ai tout lu et j'aime beaucoup du coup, vite la suite^^
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Ladicius
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MessageSujet: Re: [Nouvelles] ♦ Le Domaine Chantepleure,Acte 2 P.1 ♦   Sam 1 Déc - 23:15



Merci à vous ♥
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kamiko
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MessageSujet: Re: [Nouvelles] ♦ Le Domaine Chantepleure,Acte 2 P.1 ♦   Dim 2 Déc - 14:05

:cheers:Génial!!!!!!!!!!!!Je veux la suite moi ^o^
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MessageSujet: Re: [Nouvelles] ♦ Le Domaine Chantepleure,Acte 2 P.1 ♦   

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[Nouvelles] ♦ Le Domaine Chantepleure,Acte 2 P.1 ♦
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